Conflit sur le Nil: L’avenir des conflits transfrontaliers sur le plus long fleuve du monde

  • Le Nil a eu un impact majeur sur la politique interétatique de la région au fil des ans, car il est la seule source fiable d’approvisionnement en eau renouvelable dans la région.
  • L’Accord d’Entebbe a éloigné le contrôle du Nil de l’Égypte et du Soudan, qui avaient auparavant le monopole des ressources du fleuve à la suite d’accords coloniaux.
  • La situation de la sécurité alimentaire et de l’eau en Égypte est extrêmement vulnérable, en raison de la croissance démographique et de facteurs environnementaux qui ont suscité de vives inquiétudes parmi les dirigeants politiques du pays, déjà préoccupés par le changement géopolitique dans la région du bassin du Nil.
  • De multiples facteurs, y compris la détérioration de sa situation budgétaire, ne laissent guère d’autre choix à l’Égypte que de s’engager dans une coopération pacifique avec d’autres pays du Nil pour prévenir de graves pénuries d’eau à l’avenir.

Résumé

Les impacts du Nil sur la politique de la région Nord-africaine ont été si importants qu’ils menacent de déclencher un conflit interétatique, qui pourrait potentiellement déstabiliser toute la région. Les pays du bassin dépendent fortement du Nil, qui est la seule source d’eau renouvelable majeure de la région; par conséquent, il est essentiel à leur sécurité alimentaire et hydrique.

Le monopole égyptien et soudanais sur les ressources en eau des années précédentes avait contribué à exacerber les tensions régionales. La signature de divers accords à l’époque coloniale a permis cette répartition; les deux accords les plus importants ont été signés entre l’Égypte et la Grande-Bretagne (1929) et l’Égypte et le Soudan (1959). Une coopération accrue entre les pays en amont a abouti à l’Accord contraignant d’Entebbe, qui restructure les allocations et le contrôle des ressources du Nil. Le changement géopolitique dans la région a entraîné une prolifération des aménagements en amont, notamment des barrages et des réseaux d’irrigation. Ces développements sont souvent confrontés à des menaces de la part de l’Égypte, qui est extrêmement protectrice face à la diminution de sa part des eaux du Nil. Cependant, l’Égypte doit s’engager dans une coopération pacifique entre États pour sécuriser ses approvisionnements en eau. Le Nil fait face à un avenir incertain en raison des pressions sur le développement et l’environnement. Des sources d’eau alternatives, sous forme de dessalement, d’aquifères et d’autres solutions de ce type, doivent simplement être trouvées pour réduire la dépendance de la région au fleuve.

Analyse

Le Nil tire son eau de trois longs fleuves : le Nil Blanc, le Nil Bleu et l’Atbara, qui coule du Nord-Ouest de l’Éthiopie au Nil à l’Est du Soudan. Plus long fleuve du monde, le Nil s’étend sur 6 650 kilomètres et traverse onze pays: Burundi, Égypte, Érythrée, Éthiopie, Kenya, Rwanda, Soudan, Soudan du Sud, Tanzanie, Ouganda et République démocratique du Congo (RDC). Le volume du débit annuel du Nil est de 84 milliards de mètres cubes.

Ces nations du bassin du Nil ont une population combinée de plus de 450 millions de personnes et les estimations indiquent que plus de 200 millions d’entre elles dépendent directement du Nil pour leur sécurité alimentaire et hydrique. Le Nil est la seule source fiable majeure d’approvisionnement en eau renouvelable de la région. La population du bassin du Nil devrait doubler dans les vingt-cinq prochaines années. Une telle augmentation va encore épuiser les réserves d’eau déjà rares de la région à mesure que la demande de l’agriculture, de l’industrie et de l’utilisation domestique augmente. L’eau est une denrée dangereusement rare en Afrique du Nord-Est et la situation régionale en matière de sécurité de l’eau est extrêmement précaire. Outre les pressions du changement climatique et la menace continue de sécheresse qui en résulte, l’insécurité de l’eau est également menacée par la pollution des vastes communautés riveraines.

Le Nil a un impact majeur sur la politique interétatique de la région. Avant l’Accord d’Entebbe de 2010, deux accords importants régissaient la répartition des eaux du Nil. Ces accords ont donné à l’Égypte et au Soudan des droits absolus sur le fleuve et ont ainsi précipité de graves tensions régionales. En 1929, l’Accord sur l’eau du Nil a été signé entre l’Égypte et la Grande-Bretagne, accordant à l’Égypte le droit d’inspecter tout projet d’eau lié au Nil en amont susceptible de compromettre le débit de son fleuve. L’accord a été rationalisé sur la base du fait que l’Égypte est plus dépendante du Nil que les autres pays du bassin, qui bénéficient de fortes précipitations, d’un accès aux sources du Nil et d’autres alternatives d’approvisionnement. La décision britannique était également motivée par l’importance stratégique de l’Égypte pour l’Empire; l’Égypte contrôlait le canal de Suez et donc l’accès britannique à l’Inde. Des décennies plus tard, en 1959, l’Égypte et le Soudan ont signé l’Accord sur l’eau du Nil. L’Égypte s’est vu attribuer les trois quarts du volume total d’eau (55.5 milliards de mètres cubes) et donc la capacité de construire le barrage d’Assouan, tandis que le Soudan s’est vu attribuer un quart du volume (18,5 milliards de mètres cubes). D’autres pays du bassin ont vivement critiqué la légitimité des accords sur l’eau du Nil de 1929 et de 1959; comme ils n’étaient pas indépendants à l’époque, ils ont affirmé qu’ils étaient empêchés de se battre pour une revendication sur l’eau.

Un certain nombre d’accords antérieurs à 1929 mettent en contexte le monopole égyptien et soudanais sur le bassin du Nil. Ils comprennent les accords signés entre la Grande-Bretagne et l’Éthiopie (1902) et la Grande-Bretagne et l’État indépendant du Congo (1906), ce dernier interdisant la construction de projets au Congo le long des fleuves Semliki ou Isango. L’accord de 1902 visait effectivement à établir une frontière entre l’Éthiopie et le Soudan, tout en interdisant la construction le long de la rive du lac Tana, du Nil Bleu et des rivières Sobat, ce qui pourrait limiter le débit du Nil au Soudan. Ces accords ont effectivement accordé à l’Égypte et au Soudan le contrôle de tous les projets en amont

La récente indépendance du Soudan du Sud a modifié l’équilibre géopolitique dans le bassin du Nil. Deux mois après son indépendance en juillet 2011, le Soudan du Sud a commencé à chercher à rejoindre l’Initiative du bassin du Nil (NBI). Le NBI, fondé en 1999, est une commission permanente, associant les nations participantes et les parties prenantes, qui gère les ressources en eau et travaille à une répartition équitable de l’eau. Le Soudan du Sud a été admis en tant que membre à part entière en juillet 2012, portant à dix le nombre de membres du NBI. Le onzième pays riverain, l’Érythrée, y participe en qualité d’observateur. Le gouvernement sud-soudanais contrôle actuellement 28% du débit du Nil; cependant, il est probable que cette répartition nécessitera une renégociation entre le Soudan du Sud et le Soudan. Les traités coloniaux étant sans doute dépassés à la suite du déclin de l’influence européenne dans la région et désavantageux pour les intérêts des autres nations riveraines, le changement et la coopération sont toujours nécessaires dans le contexte actuel.

Le Cadre coopératif du Nil

Les nations riveraines en amont ont acquis une plus grande part des ressources et du contrôle sur le Nil ces dernières années. Le réalignement régional des pouvoirs le long du bassin du Nil est le résultat du Cadre de coopération sur le Nil (NRCF). Initié en 1997, le NRCF est entré en vigueur en tant que droit international lorsque la sixième nation riveraine, le Burundi, a signé l’Accord d’Entebbe en mars 2011. L’Accord d’Entebbe permet aux pays riverains de construire des barrages et d’entreprendre des projets connexes, contrairement aux restrictions des traités coloniaux. Actuellement, les six pays qui ont signé l’accord sont: l’Éthiopie, le Rwanda, l’Ouganda, le Kenya, la Tanzanie et le Burundi. Le Soudan du Sud s’est engagé à signer bientôt et pourrait être suivi par la RDC. Le Soudan et l’Égypte ont refusé de signer l’accord-cadre, suggérant que le libellé de l’article 14(b), sur la sécurité de l’eau pour les autres nations du Nil, empiète sur les droits et allocations d’utilisation de l’eau préexistants. L’Égypte et le Soudan soutiennent qu’au lieu de changements aussi brusques, l’accent devrait être mis sur le raffinage du NBI. Si cela était fait, un fonds fiduciaire, soutenu par tous les pays et institutions impliqués, pourrait être utilisé pour développer les ressources du fleuve afin de mettre en œuvre divers projets qui profiteraient à toutes les nations riveraines. L’Égypte suggère que le Cadre de coopération détruira les niveaux de coopération forgés depuis le NBI. Bien que tous les États riverains n’aient pas encore signé, les progrès du changement sont déjà évidents.

Pressions futures sur le débit d’eau du Nil

Demande égyptienne

Les « droits historiques » de l’Égypte sur le Nil ont encouragé une dépendance excessive vis-à-vis du fleuve. Sans les précipitations dont bénéficient les nations riveraines en amont, l’Égypte dépend du Nil pour 97% de ses besoins en eau. Conformément aux tendances actuelles de la surutilisation de l’eau, de la croissance démographique et de la possible redistribution des ressources du Nil vers d’autres nations riveraines, l’Égypte doit faire face à une grave pénurie future d’eau. Les Nations Unies avertissent que l’Égypte pourrait manquer d’eau d’ici 2025.

Les pénuries d’eau et les terres arables limitées signifient que l’Égypte dépend déjà fortement des importations de denrées alimentaires pour nourrir sa population. Le secteur agricole égyptien utilise actuellement 80% de l’approvisionnement en eau du pays, mais les niveaux de production intérieure sont considérablement inférieurs à la demande. La moitié des 18,8 millions de tonnes de céréales que l’Égypte consomme chaque année est importée, ce qui en fait le plus grand importateur de céréales au monde. Au total, l’Égypte importe 60% de ses besoins alimentaires totaux.

La population actuelle de l’Égypte, qui compte 85 millions d’habitants, croît à un rythme rapide de 1.88% par an et devrait atteindre 140 millions d’ici 2050. Au fur et à mesure que la population augmentera, les besoins en eau augmenteront pour un usage domestique et industriel et pour produire la nourriture nécessaire pour assurer la sécurité alimentaire du pays. La dépendance de l’Égypte vis-à-vis des importations alimentaires la rend vulnérable aux hausses des prix alimentaires mondiaux et aux pénuries d’approvisionnement. Pour atténuer ce risque pour la sécurité, l’Égypte a lancé des programmes de remise en état des terres dans les zones désertiques, qui nécessitent d’énormes quantités d’eau et pèseront davantage sur les parts des autres consommateurs d’eau agricoles, industriels et municipaux.

L’extrême dépendance de l’Égypte au Nil pour son électricité, son eau et sa sécurité alimentaire est la principale source de conflit dans le bassin du fleuve. Un dixième de la capacité de production d’électricité de l’Égypte provient du seul barrage d’Assouan. L’Égypte est déjà à découvert sur son allocation d’eau, mais reste extrêmement rare en eau. Alors que la population augmente, le pays aura besoin de plus d’eau qu’il n’en dispose actuellement; cependant, les alliances géostratégiques changeantes entre les nations en amont signifient que son allocation est susceptible de diminuer. Si elle ne se lance pas dans une refonte à grande échelle de ses réseaux d’eau inefficaces, l’Égypte pourrait connaître des crises majeures de l’eau dans les années à venir qui pourraient déclencher des conflits avec ses voisins.

Développement en amont

Les populations sont également en expansion rapide dans d’autres pays du Nil. En amont, l’Ouganda et l’Éthiopie connaissent tous deux une croissance démographique extrêmement élevée, respectivement de 3,1 % et 2,9 % par an. La croissance démographique augmentera la demande d’eau en raison de la consommation croissante des ménages, de l’agriculture et de l’industrie. La croissance démographique de plusieurs pays en amont s’est accompagnée d’une forte croissance économique. Cela stimule le développement de projets d’infrastructure le long du Nil, tels que des barrages, des réseaux d’irrigation et des pipelines. L’Éthiopie, dont la croissance économique a atteint en moyenne 7,5 % par an au cours des trois dernières années, en est un exemple. La construction du Grand Barrage de la Renaissance (GERD), d’une valeur de 4,7 milliards de dollars, témoigne de l’amélioration économique de l’Éthiopie, rendue possible grâce à de nouvelles dispositions pour le développement le long du Nil pour les nations riveraines. Le barrage hydroélectrique, dont l’achèvement est prévu pour 2017, deviendra le plus grand d’Afrique, avec une capacité de 62 à 74 milliards de mètres cubes. Il devrait générer une production annuelle de 6000 mégawatts (environ trois fois la capacité existante de l’Éthiopie). En conséquence, l’Éthiopie deviendra un exportateur net d’électricité pour une multitude d’acheteurs potentiels dans la région, notamment: Djibouti, le Kenya, la Somalie, le Soudan, l’Ouganda et peut-être l’Égypte. La construction du barrage a suscité une controverse considérable, en particulier des protestations de l’Égypte. L’inquiétude est qu’elle pourrait provoquer l’évaporation de 3 milliards de mètres cubes d’eau du Nil chaque année, mais cette perte par évaporation ne représente qu’un quart des 12 milliards de mètres cubes perdus par le barrage d’Assouan en Égypte chaque année. À mesure que les pays plus en amont connaîtront une croissance économique, la demande de grands projets d’infrastructure de l’eau augmentera. Cela pourrait conduire à une réduction des flux pour les pays en aval et est une source considérable de controverse.

L’émergence du Soudan du Sud nouvellement indépendant dans le bassin du Nil a forcé une réaffectation des ressources du Nil à l’intérieur de l’ancien territoire soudanais. Au lendemain de l’indépendance du Soudan du Sud, 16 sites ont été choisis le long du Nil pour la construction de barrages. Ces développements d’infrastructures sont un moyen important de stimuler l’économie du Soudan du Sud après une période de fort déclin économique; La production pétrolière et l’économie nationale du Soudan du Sud se sont lentement rétablies depuis la fermeture brutale des puits de pétrole en janvier 2012, à la suite de désaccords sur les droits de pipeline avec le Soudan. Cependant, les nouveaux développements d’infrastructures du Soudan du Sud le long du Nil pourraient avoir d’autres impacts néfastes en aval sur l’Égypte.

Les projets d’infrastructures hydrauliques à grande échelle comportent une double menace pour la sécurité. En plus de susciter potentiellement des conflits avec les pays voisins, ils peuvent être une source de conflits internes. Bien que la construction de barrages puisse stimuler la croissance économique nationale, elle est également connue pour provoquer le déplacement de grandes communautés des zones fertiles de la rive du Nil vers des déserts stériles. Le barrage de Morowe au Soudan, achevé en 2009, a forcé 15 000 familles le long des rives du Nil à déménager dans des zones désertiques, en raison d’expulsions forcées et de niveaux d’eau élevés destructeurs. Des compensations gouvernementales insuffisantes ont déclenché des manifestations à Khartoum en 2011. Le barrage de Roasaries, dont l’expansion future améliorera considérablement la capacité du Soudan à irriguer ses terres agricoles, a également forcé environ 22 000 familles à déménager. Bien que ces projets d’infrastructure soient réalisés en tenant compte des intérêts nationaux, l’impact direct sur les communautés adjacentes du Nil peut être destructeur. En outre, la richesse « ruisselante » générée par les barrages opérationnels n’est pas une certitude pour la population en général. Les pays du bassin du Nil tels que l’Éthiopie, le Soudan et le Soudan du Sud doivent réinvestir les redevances accumulées dans la population, grâce à des mesures efficaces de gouvernance, d’éducation et de santé publique, pour stimuler un développement significatif, en particulier la réduction de l’insécurité alimentaire et hydrique. En outre, les nouveaux projets d’infrastructure le long du Nil auront inévitablement un impact sur les pays en aval et doivent être surveillés pour optimiser le débit d’eau et satisfaire aux accords actuels.

Pressions environnementales

Pressions de la demande et conflits potentiels mis à part, le Nil est également menacé par de nombreuses pressions environnementales, allant du changement climatique à la pollution et à la dégradation. Les changements climatiques présenteront de graves défis pour le Nil, notamment la réduction du débit du fleuve, la dégradation des terres, la probabilité accrue de sécheresses et d’inondations et l’augmentation des taux de maladies. La construction de barrages sur le Nil est responsable de la dégradation des terres des bassins versants. Les modèles de croissance démographique en Égypte et dans les pays du Nil en amont, tels que l’Ouganda et l’Éthiopie, poseront sans aucun doute des problèmes environnementaux futurs, car on peut s’attendre à une augmentation des déchets municipaux, industriels et agricoles.

En Égypte, ces projections futures vont compliquer des problèmes préexistants, tels que la salinisation du delta du Nil et les problèmes de pollution de l’eau. L’Égypte a épuisé les ressources en eau du Nil en détournant son allocation, à travers des projets tels que la remise en état du désert dans la dépression de Toshka et le système de canal Al-Salam qui récupère des terres dans le désert du Sinaï. Les méthodes d’irrigation actuelles le long du Nil alimentent l’eau douce par des canaux d’irrigation, seulement pour la recycler dans le canal du fleuve avec des apports de sel, de produits chimiques agricoles et de pesticides. Il en résulte une salinisation généralisée, qui affecte la fertilité des sols; le processus aggrave progressivement la qualité du sol de plus en plus au sud de l’embouchure de la rivière, limitant la sélection des cultures dans les zones gravement touchées aux cultures résistantes au sel telles que le riz.

Potentiel de conflit interétatique

On ne sait pas si les conflits régionaux sur l’eau du Nil peuvent déclencher un conflit futur, ou si les coûts de la confrontation empêcheront ce résultat. En 1988, le ministre égyptien des Affaires étrangères, Boutros Boutros-Ghali, a émis l’hypothèse que le Nil déclencherait sans aucun doute la prochaine guerre en Égypte. Historiquement, l’Égypte a imposé son contrôle sur le Nil, accordé par les accords coloniaux de 1902, 1929 et 1959, à d’autres nations du bassin du Nil. En 1970, l’Égypte a menacé de faire la guerre pour la construction du barrage de Fincha en Éthiopie et lorsque l’Éthiopie a tenté d’obtenir un financement de la Banque mondiale, l’Égypte et le Soudan ont invoqué l’article 3 du traité de 1902 entre la Grande-Bretagne et l’Éthiopie. En 2004, la Tanzanie a planifié la construction de l’oléoduc du lac Victoria, qui aurait bénéficié à environ 400 000 de ses citoyens du nord-ouest. L’Égypte a menacé de bombarder le chantier, affirmant qu’elle avait besoin de cette eau pour s’écouler vers le nord dans le barrage d’Assouan. L’accord de 1929 empêchait la Tanzanie de bloquer les eaux du Nil sans l’autorisation britannique.

Plus récemment, le GERD éthiopien, situé à 50 kilomètres de la frontière soudanaise, a suscité de nombreuses critiques, en grande partie en raison de la réaction hostile de l’Égypte à sa construction. Le Soudan, en revanche, a été largement périphérique dans les différends sur le DIRD, minimisant les effets négatifs potentiels du barrage et rejetant son soutien derrière l’Éthiopie. L’Égypte considère la construction du plus grand barrage d’Afrique comme une menace pour sa sécurité nationale, compte tenu de la vulnérabilité de ses réserves d’eau en déclin. Un e-mail de 2010, récupéré par Wikileaks et provenant de Stratfor, a révélé une source égyptienne de « haut niveau » disant « nous discutons de la coopération militaire avec le Soudan » contre l’Éthiopie, avec des plans pour établir une base au Soudan pour que les Forces spéciales égyptiennes attaquent le Projet de barrage. Cependant, un article de Stratfor publié en juin dernier affirmait que l’Égypte n’avait pas la capacité de gérer la logistique physique et politique d’une attaque militaire de cette ampleur. Toujours en juin de cette année, une réunion impliquant de hauts responsables politiques égyptiens a été télévisée par erreur, révélant un brainstorming d’idées sur la façon dont l’Égypte pourrait « absorber le choc » du barrage de la Renaissance, notamment en soutenant des groupes militaires par procuration en Éthiopie pour déstabiliser son gouvernement. Le détournement temporaire des flux d’eau le long de l’affluent du Nil Bleu en mai, permettant une nouvelle phase de la construction du GERD, a incité l’ancien président égyptien Morsi à suggérer que si la part de l’Égypte dans l’eau du Nil diminuait d’une goutte, ce « sang » serait l’alternative. Ces remarques sont révélatrices de la tendance de l’Égypte à utiliser des menaces militaires dans les conflits sur le Nil, mais la rhétorique agressive dément le fait que l’Égypte n’est pas en mesure, ni sur le plan national ni sur le plan international, de faire en sorte que ces menaces soient réalisables. Il est probable que la récente vague de rhétorique qui a suivi le détournement du Nil bleu en mai dernier ait été une tentative de détourner l’attention de la détérioration des conditions intérieures plutôt qu’une menace légitime.

Les perspectives de conflit dans la région sont soulignées par l’escalade des conflits internes et des troubles civils, en particulier en Égypte. Alors que l’Égypte possède l’une des forces armées les plus puissantes d’Afrique, l’armée est chargée de maintenir la stabilité intérieure dans un environnement turbulent, après le renversement de Mohamed Morsi en tant que président en juillet. L’instabilité intérieure et la grave détérioration des finances publiques signifient que la confrontation internationale dépasse leur capacité actuelle. La crise économique de l’Égypte signifie qu’elle peine à maintenir le niveau essentiel des importations alimentaires; par conséquent, elle ne pourrait justifier des opérations militaires coûteuses. Le pays dépend actuellement des prêts et de l’aide des États du CCG pour rester solvable, ce qui serait très probablement perdu si l’Égypte adoptait un comportement qui lui valait une condamnation internationale. Malgré la rhétorique persistante de l’Égypte sur sa détermination à protéger son allocation du Nil, sa capacité à soutenir ses menaces est limitée.

Possibilités de changement

Une plus grande coopération entre l’Égypte et les autres nations riveraines est la meilleure voie à suivre pour l’avenir de l’eau en Égypte et la stabilité régionale. Les nations riveraines en amont continueront de revendiquer leurs droits sur le Nil. L’Égypte est de plus en plus dans un coin, car l’aide militaire et l’aide en espèces de 260 millions de dollars américains des États-Unis ont été suspendues depuis octobre, en réponse au coup d’État militaire de juillet ou « éviction ». En outre, Washington offre un soutien militaire important à l’Éthiopie. Une relation solide avec les États-Unis est indispensable pour les deux pays, mais n’est pas assurée. Ainsi, la coopération égyptienne avec d’autres nations riveraines, en particulier l’Éthiopie, semble être sa seule option à ce stade; la stabilité régionale est importante pour les avantages stratégiques et économiques de toutes les nations concernées.

L’Égypte n’a donc pas d’autre choix viable que de coopérer et d’employer des alternatives à l’approvisionnement en eau du Nil. L’ultimatum du Caire selon lequel il ne signerait le nouvel accord que si les traités coloniaux étaient reconnus, n’a pas obtenu de soutien régional. Le Centre de recherche sur l’eau du pays a révélé que l’Égypte sera très probablement confrontée à de graves pénuries d’eau dans les quinze prochaines années et à une sécheresse dévastatrice. L’Égypte et le Soudan sont plus nombreux que les autres nations riveraines qui ont signé ou ont l’intention de signer l’Accord d’Entebbe, qui est reconnu internationalement malgré la renonciation de l’Égypte et du Soudan. Bien que l’Égypte doive coopérer, elle considère le Nil comme une source de fierté nationale; ses positions incessantes sur les négociations riveraines et les revendications sur les allocations d’eau préexistantes empêcheront des résolutions immédiates. Parmi les autres solutions que l’Égypte et les autres pays du Nil doivent envisager, citons l’engagement d’acteurs non étatiques, tels que les agriculteurs, les pêcheurs, les groupes de pression et les Organisations non gouvernementales (ONG). C’est grâce à ces mécanismes qu’ils peuvent trouver des solutions coopératives aux conflits et crises potentiels liés à l’eau.

Le résultat des conclusions de la Commission tripartite du DIRD – impliquant des experts égyptiens, Soudanais, éthiopiens et internationaux – pourrait s’avérer être le critère du dialogue futur entre les principaux pays du bassin du Nil. L’évaluation de la Commission – selon laquelle le DIRD n’aurait pas d’impact significatif sur l’Égypte ou le Soudan – a été annoncée en mai de cette année, afin de calmer les critiques sur les effets potentiels du barrage. Les réunions pour discuter des conclusions entre l’Éthiopie, le Soudan et l’Égypte ont été reportées à plusieurs reprises, jusqu’à ce qu’une réunion récente, le 4 novembre, révèle que l’Égypte cherche à poursuivre les études sur l’impact du DIRD, ce qui reporte la mise en œuvre des recommandations du rapport. Malgré ces obstacles, l’Éthiopie s’est félicitée de la participation éventuelle du Soudan et de l’Égypte au projet, qui ouvrirait la voie à une coopération future sur la gestion du Nil.

Du point de vue de la sécurité nationale, il est stratégiquement dangereux de devenir complètement dépendant d’une seule ressource. Même si les conflits internationaux entourant le Nil sont ignorés, il est un fait que la dépendance excessive vis-à-vis du bassin du Nil a entraîné l’épuisement de ses ressources en eau. Les répercussions de cette dépendance excessive incluent un taux élevé de chômage, de maladies et de faim. Les alternatives au fleuve, telles que le dessalement, le recyclage de l’eau, l’éducation de la communauté locale sur l’utilisation plus économique de l’eau, la coopération avec les autres pays du bassin du Nil et même l’utilisation des eaux souterraines profondes, doivent simplement être utilisées. Déjà, les eaux souterraines sont devenues une source majeure d’eau potable en Afrique. Un plan soutenu par l’ONU pour optimiser l’utilisation de l’aquifère de grès de Nubie, situé sous terre dans la partie orientale du désert du Sahara, a été approuvé par l’Égypte, le Soudan, le Tchad et la Libye. Grâce à l’achèvement du Grand projet de rivière artificielle de la Libye, l’extraction de l’eau de l’aquifère a commencé; cela a le potentiel de maintenir les quatre pays approvisionnés en eau jusqu’à 400 ans. Cette projection, cependant, évoluera en fonction de la croissance de la population nord-africaine.

Conclusion

Au milieu de la population en plein essor de la région d’Afrique du Nord, le bassin du Nil constitue la principale source fiable d’approvisionnement en eau renouvelable de la région. L’impact que le fleuve a eu sur la politique internationale de la région est évident. C’est la décision britannique d’accorder à l’Égypte et au Soudan des droits absolus sur la pleine utilisation des réserves d’eau du fleuve qui a semé les germes du conflit potentiel. Des cadres juridiques favorisant la coopération, tels que l’Initiative du bassin du Nil de 1999, ont suivi, mais ont finalement abouti à ce que les autres nations riveraines prennent le contrôle des développements sur leurs sections respectives du Nil. Le Cadre de coopération sur le Nil a codifié ce changement dans l’équilibre politique régional.

Bien que les conflits internationaux présentent toujours un risque, plusieurs facteurs, y compris les troubles internes préexistants dans la région, laissent peu d’autres options aux pays que la coopération et diminuent ainsi leur probabilité. L’Accord d’Entebbe, reconnu internationalement, laisse l’Égypte et le Soudan en infériorité numérique, tandis que d’autres alliances géostratégiques limitent sévèrement les options militaires de l’Égypte. Il est dans l’intérêt de toutes les nations riveraines de préserver la stabilité régionale. Comme déjà mentionné, même en l’absence de tensions internationales sur sa distribution, les ressources en eau du fleuve continueraient de s’épuiser ; par conséquent, la situation qui en découlera exigera d’autres alternatives, qui pourraient stabiliser la sécurité hydrique et alimentaire de l’Afrique du Nord. La coopération internationale est donc la seule solution viable et pacifique à ce problème croissant.

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